santé des personnes LGBT

Que faut-il attendre du colloque sur la santé des personnes LGBT à Paris?

Pendant deux jours, universitaires, associatifs, scientifiques, chercheurs, vont se retrouver à Paris pour parler de la santé des personnes LGBT+. Une première, que l’on doit à Gérard Pelé, membre de Paris 2018 et à Gabriel Girard, président du comité scientifique de ce colloque inédit le 9 et 10 mars, à Paris.

4 thématiques ont été retenues pour des présentations et des débats:

  • Peut-on être en bonne santé, physique et mentale, dans une société hétéronormée et sérophobe?
  • Sport-santé et santé sexuelle : le corps et le culte de la performance
  • Les enjeux de santé à chaque moment de la vie
  • Prendre soin de soi : du bénéfice pour chacun à celui des communautés LGBT

Nous avons demandé à Gérard Pelé et à Gabriel Girard de nous présenter l’origine de ce colloque, et ce qu’on peut en attendre pour la suite.

 

Gérard Pelé:  « Il me semble nécessaire de soutenir la diffusion, au sein des nombreuses associations LGBT, d’une culture de valorisation du bien être et de l’éducation à la santé »

D’où vous est venue cette idée de ce symposium sur la santé LGBT?

Gérard Pelé: J’ai été amené, pendant de nombreuse années à intervenir sur le front du VIH, d’abord au seins des associations (Aides, Santé et Plaisir gai que j’ai créée) puis comme agent d’institutions publiques en charge de la lutte contre le sida (Agence française de lutte contre le sida puis Direction générale de la santé). Si la bataille menée contre le sida fut un défi majeur à partir des années 80 et nous a tous concerné intimement ainsi que la santé publique, il me semblait cependant tout au long de ces années que cela occultait nombre d’autres enjeux que j’avais pu voir portés par des structures de santé communautaire comme le GMHC à New-York quand je travaillais aux Etats-Unis en 1983/1984. Par exemple les problèmes de santé propres aux femmes lesbiennes compte tenu de leur mode de vie pour beaucoup sans enfants à cette époque, ceux rencontrés par les jeunes LGBT, ceux des minorités noires homo ou bisexuelles s’inscrivant dans un environnement culturel répressif, etc.

Mais rien de tout cela n’existait en France?

On avait certes, en France, des comptes rendus sporadiques sur tel ou tel point qui focalisait l’attention (le taux de suicide chez les jeunes ados LGBT par exemple), mais je ne sentais pas une vraie dynamique ni une réflexion sur un travail global de recherches sur tous les aspects qui pouvaient concerner les fragilités ou expositions spécifiques auxquelles nous pouvions être exposés, dès notre adolescence et jusqu’à nos derniers jours compte tenu de la spécificité de nos désirs. Par ailleurs, j’avais des exemples de pays étrangers comme l’Allemagne ou la Suisse où des institutions de recherches souhaitaient aborder plus globalement le phénomène de «  la santé LGBT  ».
Quand j’ai rejoint Paris 2018 en 2015 comme responsable de la santé des Gay Games, j’ai proposé au Comité directeur de l’association, dans le cadre des axes stratégiques santé, qu’une telle conférence puisse se tenir et cela fut accepté avec enthousiasme.

 

En quoi cela s’inscrit-il dans PARIS 2018 ?

Depuis leur création en 1982, les Gay Games cherchent à innover pour encourager les personnes LGBT à s’affirmer et s’afficher dans et par le sport. Se réapproprier son corps et son rapport à l’autre est essentiel pour l’émancipation des personnes.
En poursuivant cette philosophie, Paris 2018 a souhaité inclure un volet «conférences académiques» avant la cérémonie d’ouverture du 4 août 2018. Ces trois jours seront consacrés au sport universel avec trois volets autour des discriminations, de la santé et de l’accessibilité de tous les publics. Pour préparer ce grand rendez-vous international, Paris 2018 s’est fixé également des «jalons» menant aux Gay Games comme la conférence à Lyon en juin 2016 «Sports, discriminations, homophobie  – De la vulnérabilité aux innovations» avec l’UFR-STAPS et la FSGL, et maintenant, cette semaine à Paris, ce colloque international de deux jours sur la santé des personnes LGBT.

Quels pays sont représentés?

Plus de 200 personnes sont inscrites à ce jour et on compte une grande diversité de pays représentés soit par des conférenciers soit par des participants : Allemagne, Belgique, Canada, Cameroun, Chine, Etats-Unis d’Amérique, Finlande, Portugal, Royaume-Uni, Suède, Suisse.

Qu’attendez vous de ce dialogue entre chercheurs, universitaires, associations ?

Ce dialogue a déjà commencé en préparant le Colloque car rassembler, au sein d’un même Conseil scientifique et éthique, des sociétés savantes comme le Collège de la médecine générale et des associations issues des communautés LGBT a permis de questionner déjà, notamment au travers la définition des thèmes du programme qui est proposé au Colloque, toute une série de thèmes sur les discriminations en santé, l’accès aux soins, l’importance du contexte social et culturel dans lequel vivent les personnes LGBT.
Ce colloque va permettre d’aborder toute une série de handicaps et de difficultés, mais également montrera des réponses de terrains innovantes déjà menées par exemple en Suède dans les clubs sportifs, à Rennes ou à Lille pour les femmes lesbiennes et les personnes trans.
A partir de ces échanges et de partages entre les acteurs de terrains, les chercheurs en sciences humaines et sociales et les professionnels de la santé, nous devrions pouvoir franchir une étape à partir de ces deux journées de rencontres pour essayer, en France, pour les 10/15 ans qui viennent   :

  • d’analyser ce qui, au sein des grands organismes de recherche doit être poursuivi, complété et à lancer, dans le cadre d’une approche globale de recherches en sciences humaines et sociales «  Santé LGBT  » et d’y associer les acteurs de terrain, notamment associatifs;
  • d’engager un vrai travail de sensibilisation et de formation des professionnels de santé sur nos modes de vie afin que nos médecins puissent répondre, de la façon la plus professionnelle et éthique possible, à nos besoins de santé. Là encore, un partenariat avec des instances professionnelles de premier plan comme le Collège de la médecine générale peut être un axe majeur à développer et conforter dans les années à venir ;
  • enfin, il me semble nécessaire de soutenir la diffusion, au sein des nombreuses associations LGBT, d’une culture de valorisation du bien être et de l’éducation à la santé. Ceci d’ailleurs n’est pas le point faible du seul monde LGBT car c’est une problématique générale en France de nos faiblesses vis à vis de la prévention. Ce n’est pas facile car beaucoup de personnes ne viennent pas dans une association de convivialité pour cela ! Des efforts ont déjà commencé: le lancement du Réseau santé LGBT initié par le Centre LGBT de Paris Ile-de-France qui doit pouvoir se développer et diffuser à travers toute la France et se lier avec ses partenaires européens, notamment francophones sans oublier nos amis du Québec qui sont souvent des phares d’innovation en santé communautaire. Il faut saluer également les efforts déjà entrepris par des associations, notamment dans le champ du sport ou des rencontres plus … chaudes et intimes qui intègrent, dès à présent les enjeux de santé à part entière dans leurs activités. Mais elles sont encore en nombre trop réduit.

 

Gabriel Girard: « L’une des grandes leçons des luttes féministes et de la lutte contre le sida, c’est qu’on en peut plus penser et agir sur la santé sans les personnes concernées »

Comment avez-vous conçu le programme scientifique?

Le programme a été construit en plusieurs temps, avec la participation active du comité scientifique et éthique (CSE). On a d’abord élaboré les grandes thématiques qui nous semblaient les plus pertinentes à aborder  : elles constituent la structure du programme final. Ces thématiques ont servi de base à la rédaction d’un appel à communications scientifiques et associatives qui a été diffusé à l’automne dernier. L’appel a suscité plus d’une cinquantaine de propositions, très diverses, ce qui est une vraie réussite ! En parallèle, le CSE a sollicité, pour chacune des thématiques et pour les quatre table-rondes, des conférencier-ères. Il s’agit d’expert-e-s dans leur domaine, à qui nous avons demandé un éclairage à partir de leurs expériences et/ou de leurs recherches. Dernière étape et non des moindres, la sélection des interventions issues de l’appel à communication. Le CSE a été largement mis à contribution  : chaque proposition a été étudiée et évaluée par deux examinateurs, à chaque fois un duo chercheur/associatif. Ces évaluations nous ont permis de statuer fin janvier pour établir le programme définitif. Au final, le programme est très riche, représentatif de la diversité (et des limites) des initiatives communautaires et des recherches sur la santé LGBT ! Les débats s’annoncent passionnants.

Où en est-on en France sur cette question de la santé des personnes LGBT?

La France présente un paysage contrasté dans ce domaine. Historiquement, l’épidémie de sida a contribué à structurer les financements des recherches sur la sexualité et les minorités sexuelles et de genre. Les recherches sur les réalités LGBT se sont autonomisées des préoccupations liées au VIH/sida au cours des vingt dernières années, avec tous les travaux que l’on connaît sur l’homoparentalité, la conjugalité, le militantisme, etc. Mais les travaux sur la santé des personnes LGBT restent le parent pauvre dans ce contexte. Il existe de nombreuses enquêtes sur les hommes gays, car la situation épidémiologique reste très préoccupante pour ces communautés. Mais les autres préoccupations de santé sexuelle et de santé globale restent relativement ignorés. Quant aux autres communautés, les lesbiennes, les bisexuel-le-s et les trans, leurs enjeux de santé sont très largement occultés.

Pourquoi?

Les explications sont multiples  : le fait que les financements de recherche en santé restent focalisés sur le VIH, excluant des travaux sur les groupes peu ou moins concernés par cette pathologie ; le fait que les laboratoires de recherche restent réticents à soutenir les travaux sur la santé LGBT, qui leur apparaissent à tort comme trop minoritaires, ou trop peu «universalisables» ; le fait, enfin, qu’il n’y a que très peu de débouchés dans ce domaine en termes de carrière. Résultat, de nombreux chercheurs qui mènent des thèses sur les problématiques de santé LGBT se retrouvent sans poste, ou vivent de contrats plus ou moins précaires. Cela ne motive pas l’émergence d’une nouvelle génération…
L’ensemble de ces facteurs façonne un environnement institutionnel peu aidant pour structurer un véritable champ de recherche. Et ce alors même qu’il s’agit de questions très importantes pour nos sociétés.

Qu’attendez-vous de ce dialogue entre chercheurs, universitaires, associations?

Le colloque sera, je l’espère, un moment fort en termes d’échanges et de dialogues. Il était pour nous indispensable que les différentes prises de parole, institutionnelles, scientifiques et militantes cohabitent dans le même espace, et sur un pied d’égalité. L’une des grandes leçons des luttes féministes et de la lutte contre le sida, c’est qu’on en peut plus penser et agir sur la santé sans les personnes concernées. Autrement dit, les enjeux de santé des personnes LGBT ne se règleront pas sans les communautés LGBT. C’est le sens de ce colloque, à la fois interdisciplinaire et multi-situé en termes de paroles. Gageons qu’il y aura des désaccords, des débats, mais aussi des consensus forts. Je nous souhaite en tout cas un colloque bouillonnant et constructif !

 

  • Helene Hazera

    c’est trés bien de dire qu’on ne peut plus penser sans les personnes concernées, Mais la réalité c’est une caste de « professionnels » qui est en train de se créer dont les personnes concernées comme on dit sont exclues petit à petit. Comment discuter quand vous êtes bénévole avec une personne qui gagne 13.000 euros par mois? De plus en plus les holdings du sida n ‘engagent que des gens qui n’y connaissent rien.