antibiotic resistant gonorrhea

Infections sexuellement transmissibles: Faut-il avoir peur de la gonorrhée intraitable?

Vous avez peut-être vu passer des articles un peu inquiétants qui évoquent une gonorrhée devenue résistante aux antibiotiques.

Tout est parti d’une alerte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Selon des données provenant de 77 pays, du fait de la résistance aux antibiotiques, il est devenu plus difficile, voire parfois impossible, de traiter la gonorrhée, qui est une infection sexuellement transmissible courante», écrit l’OMS dans un communiqué du 7 juillet.

Chaque année, 78 millions de personnes dans le monde seraient infectées par cette bactérie également connue sous le nom de blénorrhagie ou plus vulgairement « chaude-pisse ». Elle provoque une infection des organes génitaux, du rectum ou parfois de la gorge. Elle se transmet lors de rapports non-protégés, fellation ou sodomie.

Et en France? On peut déjà relever que l’épidémie de gonorrhée a fortement augmenté ces dernières années.

«Entre 2013 et 2015, le nombre de gonococcies a augmenté d’environ 100% chez les HSH [Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes]. L’augmentation est observée aussi bien en Île-de-France que dans les autres régions métropolitaines. Parmi les gonococcies rapportées en 2015, 68% concernaient des HSH.», note l’Institut de veille sanitaire (INVS) dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire du 1er décembre 2016. En outre, chez les HSH, la proportion de co-infections par le VIH est de 17%.

Pour ce qui est de la bactérie résistante aux traitements, Michel Ohayon, médecin au Centre de santé sexuelle le 190, estime qu’il n’y a pourtant aucune raison de s’alarmer.

«Ces dernières années, nous avons vu passer des milliers de gonorrhées et un seul cas a présenté une sensibilité réduite à l’antibiotique de référence, la ceftriaxone. Nous avons augmenté la dose et le patient a été guéri sans problème», affirme-t-il.

Pour lui, on ne peut pas comparer la situation française avec celle des Etats-Unis où le problème se pose davantage. «L’accès aux soins y est plus difficile pour les HSH, ce n’est donc pas transposable», note le Dr Ohayon.

«Les cas de gonorrhée en France augmentent certes, mais c’est aussi parce qu’on dépiste mieux», ajoute-t-il. A ceux qui pensent que la mise en place de la PrEP favorise la propagation de la bactérie, il répond qu’«il n’y a pas encore de données». Et au contraire, «chez les prepeurs – dépistés tous les trois mois – on voit de moins en moins d’IST», observe-t-il.  Pour lui le vrai enjeu de l’épidémie de gonorrhée, c’est le dépistage régulier, même si vous n’avez pass de symptômes (la gonorrhée peut être asymptomatique) et le traitement systématique des partenaires en cas d’infection.

Selon Michel Ohayon, le véritable problème du moment pour les gays français, c’est l’hépatite A. Comme nous l’écrivions le mois dernier, l’hépatite A est en recrudescence dans de nombreuses régions françaises (mais aussi européennes) chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, dont les gays et les bis.  Plusieurs régions ont pris les devants en ce mois de juin pour inciter les gays, les bis et les HSH à se faire dépister et mettent gratuitement à disposition le vaccin.

L’hépatite A peut avoir des conséquences graves. Elle est très contagieuse lors de relations sexuelles, notamment les pratiques anales.

Si vous n’êtes pas immunisé et n’avez jamais fait la vaccination, c’est sans doute le bon moment pour faire le point avec votre médecin traitant.