La mobilisation internationale prend de l’ampleur face à la répression homophobe en Tchétchénie

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Après le temps de la sidération est venu celui de l’action. Plusieurs ONG et des organismes officiels ont réagi et appellent à l’action contre la répression féroce qui s’est abattue sur la communauté gay de Tchétchénie. Dans cette république du Nord Caucase, intégrée à la Fédération de Russie, des gays ont ces derniers jours disparus et certains ont été emprisonnés, dans ce qui ressemble à une vaste purge homophobe.

Amnesty International et Ilga Europe veulent mobiliser l’opinion publique. Mais ces ONG ne sont pas les seules à agir.

 

Tout a commencé le 1er avril, lorsqu’un journal russe indépendant, Novaya Gazeta,  publie un article indiquant que les hommes homosexuels disparaissaient. D’abord démenties par les autorités locales, ces informations ont été confirmées mercredi 4 avril par des organismes indépendants opérant en Russie, comme Human Rights Watch. Plusieurs centaines d’hommes, perçus comme étant homosexuels, ont été enlevés ces dernières semaines. Ces hommes auraient subi des actes de torture ou d’autres mauvais traitements, et auraient été contraints à divulguer l’identité d’autres personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres de leur connaissance.

Une campagne urgente

C’est sur la base de ces informations qu’Amnesty International a lancé le 4 avril une campagne d' »action urgente », pour réclamer des autorités russes des enquêtes « approfondies et efficaces sur les allégations d’enlèvements et d’homicides d’hommes perçus comme homosexuels en Tchétchénie et à garantir que toute personne reconnue coupable ou complice de ces crimes sera traduite en justice conformément à la législation de la Fédération de Russie ». L’appel d’Amnesty indique qu’il faut demander aux autorités de prendre « toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité de quiconque risque de se trouver en danger en Tchétchénie en raison de son orientation sexuelle et de condamner le plus fermement possible toute remarque discriminatoire de la part de représentants de l’État ». Enfin, rappelle l’organisation, en vertu des normes internationales relatives aux droits humains, les autorités russes et tchétchènes « ont l’obligation d’interdire la discrimination et d’enquêter et engager des poursuites pour les crimes motivés par la haine, l’une des formes de discrimination les plus injustes. »

 

Le syndicat des journalistes russes mobilisé

En Russie même, le syndicat des journalistes russes a demandé mercredi qu’une enquête transparente ait lieu. Deux journalistes ont été arrêtés et ont disparu durant cette chasse aux gays.
De son côté, Ilga Europe a lancé un appel à témoins pour mieux appréhender la situation, jugée extrêmement préoccupante. Mais cette ONG LGBT pointe aussi la responsabilité des autorités locales et ses discours de haine envers les gays.

 

L’Europe réagit officiellement

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a publié le 5 avril un communiqué avec la réaction du suédois Jonas Gunnarsson, rapporteur général de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) sur les droits des personnes LGBT et de l’allemand Frank Schwabe.

« Ces allégations sont extrêmement inquiétantes », ont-ils expliqué. « Nous appelons les autorités à lancer immédiatement une enquête efficace, en conformité avec les exigences de la Convention européenne des droits de l’homme. A cet égard, les informations selon lesquelles la réponse des autorités tchétchènes a été, jusqu’à présent de nier ou minimiser ces allégations, voire de laisser entendre qu’elles approuvaient ces actes, sont un grave sujet de préoccupation. »

Depuis plusieurs années déjà, le Conseil de l’Europe s’alarme de la situation des droits humains en Tchétchénie et notamment des arrestations arbitraires et des disparitions, entre autres d’opposants et de journalistes.

Le Parlement européen à Strasbourg a également demandé l’ouverture d’une enquête.
Un porte-parole du ministère d’Etat des États-Unis a appelé le gouvernement russe, d’après le journal LGBTI Washington Blade à mener tenir « une enquête indépendante et crédible sur les meurtres et des arrestations massives et à traduire les auteurs responsables devant la justice. »
Enfin, en Allemagne plusieurs associations prévoient d’organiser dans les prochains jours des manifestations en solidarité aux victimes et pour demander des comptes aux autorités russes et tchétchènes.