Outs d'Or journalistes LGBT

Avec les ‘Out d’Or’, l’Association des journalistes LGBT veut célébrer l’excellence médiatique

Le 29 juin prochain, un événement d’un genre nouveau va avoir lieu dans Paris. Une soirée de gala pour récompenser des médias et des personnalités pour leurs actions en matière de visibilité des problématiques et des personnes LGBTI+.

Cela se fait depuis longtemps dans d’autres pays, notamment aux États-Unis avec les Glaad Awards. Mais qu’en France, une association LGBT choisisse de célébrer celles et ceux qui ont fait bouger les médias, c’est peu habituel. L’Autre Cercle le fait déjà, mais cela concerne essentiellement le monde de l’entreprise.

Cette initiative innovante, on la doit à l’Association des Journalistes LGBT (AJL). Créée en 2013 en réaction à la couverture médiatique assez piteuse des débats du mariage pour tous, elle regroupe des journalistes de très nombreux médias (presse écrite, radios, télés, sites d’infos) et s’est donnée pour mission d’œuvrer à un meilleur traitement des questions LGBT dans les médias. Elle a publié en 2014 un kit à l’attention des rédactions titrée « Informer sans discriminer ». Elle a également fait signer une Charte contre l’homophobie. Le gala Les Out d’Or a lieu à la Maison des métallos, à Paris et Hornet est heureux d’être un des sponsors de cet événement.

Membre fondatrice et actuelle co-présidente de l’AJL, avec Lucas Armati, Alice Coffin répond à nos questions.

 

Alice Coffin

Comment est venue cette idée de gala?

C’est dans la lignée de ce que fait l’AJL qui dès sa naissance détonnait un peu puisque des journalistes qui se revendiquaient de quelque chose, cela va à l’encontre d’une certaine culture française, qui voudrait que les journalistes soient « d’essence platonicienne ». Objectivité, neutralité, qu’ils n’aient pas de vécu. L’AJL, c’était impulser un autre regard, pour défendre les problématiques LGBT et lutter contre l’homophobie mais aussi pour défendre une meilleure conception du travail journalistique. Bien loin de poser problème, le fait d’assumer son identité et d’en être riche peut au contraire renforcer le travail des rédactions. Le gala est né du constat qu’il y a une grande imperméabilité entre le milieu associatif et militant et les organes de presse. L’écart entre la sphère militante et les vecteurs d’opinion susceptible de porter un discours est immense. Les personnalités, même si elles sont out, on du mal parfois à l’assumer et à porter le débat. Ca nous aurait beaucoup aidé à ce moment-là des débats sur le mariage pour tous si des personnes LGBT out avaient pris la parole. Pour concevoir le gala, nous nous sommes inspirés des exemples anglo-saxons, surtout américains.

Nous avons rêvé devant la soirée des Glaad Awards avec cette remise de prix, mais aussi ces discours pour toucher l’opinion publique. En Irlande aussi, ça les a aidé d’avoir ce type d’événement au moment du débat sur le mariage. Une journaliste irlandaise très connue a d’ailleurs fait son coming out à cette époque.

L’idée est de réunir ces deux mondes, avoir des stars, des personnalités et les mettre en contact avec le travail militant.

Comment le programme a-t-il été conçu?

Au début, nous étions partis sur l’idée de dire ce qui ne va pas, de dénoncer. Il faut continuer à le faire mais on a besoin d’agréger, on a envie et besoin dans la période qui s’ouvre, d’avoir des alliés et que les gens se disent: « on a envie de défendre cette communauté ». Pour le gala, on change de logiciel, nous avons beaucoup de choses à célébrer. Ce qui n’empêche pas d’être militant par ailleurs. Nous voulons montrer celles et ceux qui dans les médias, font du bon travail.

L’idée est-elle que des personnes LGBT viennent s’exprimer?

En le but est performatif, c’est d’avoir des LGBT qui s’expriment sur scène. On les félicite, on les encourage à continuer.

Quel type de prix seront remis?

La liste des prix n’est pas arrêtée à ce jour mais nous aurons des prix récompensant des journalistes et toutes les formes nouvelles de traitement des questions LGBT et d’autres prix qui viendront récompenser des actions de médiatisation LGBT et de visibilité. Comment certains et certaines ont réussi à mettre en lumière ces questions: un ou une artiste, un ou une sportive, une ou un politique.

Pourquoi avoir choisi la Maison des métallos?

On voulait que ce soit une soirée assez glamour sur une belle scène. La Maison des métallos a aussi une histoire militante forte et une vraie attention aux minorités dans leur programmation culturelle et artistique.

Quels types de médias seront récompensés?

C’est au sens très large de médias pour éviter l’entre-soi journalistique. Il y aura des prix pour des articles, mais aussi des séries, des films, des pubs. Mais toujours avec cette idée de l’impact médiatique.

Des politiques aussi seront présent.e.s?

Oui ils seront invités. Il n’y en a pas beaucoup en France mais si on pense au coming out de Bertrand Delanoë, nous aurions pu récompenser et Delanoë et M6 parce que la chaîne aussi a fait avancer les choses.

(Image principale Vertigo3d via iStock)

(Photo d’Alice Coffin par Xavier Héraud)