Prix du roman gay 2016

Prix du Roman gay 2016: « Je suis en vie et tu ne m’entends pas », de Didier Arsand

« Et le prix du Roman gay 2016 est attribué à… Je suis en vie et tu ne m’entends pas, de Didier Arsand, aux éditions Actes Sud. »
Pour la quatrième fois, Gérard Goyet, des éditions du Frigo, annonce le grand gagnant du Prix du Roman gay qu’il a créé. Un prix très attendu. D’ailleurs, l’espace débat de la libraire Violette and Co où se passait la cérémonie était bien trop petit, et l’on se pressait aussi dans l’escalier et au rez-de-chaussée.

Michel Goyet (éditions du Frigo) et Christine Lemoine (Violette and Co)

Une édition placée sous le signe de la vigilance. Récompensé par le Prix spécial Découvertes (éditions Ex Aequo), Désordres de Jonathan Gillot, raconte en effet comment un héros gay va sauver une ville moyenne de l’emprise d’un groupe nationaliste. Toute ressemblance, etc.

Jonathan Gillot

Le président du jury (20 lecteurs de plusieurs pays francophones en Europe et en Afrique) n’a pas manqué de souligner l’importance de ce prix. « Les conservateurs n’ont jamais été aussi bruyants. Ni aussi structurés, c’est ça qui fait peur. Amis progressistes, remobilisons-nous et si un simple bandeau apposé sur un livre le permet, alors c’est une manière de le faire. Syons fiers d’être libres, fiers d’être gays, fiers d’être ce que nous sommes tout simplement. »

Parmi les autres livres récompensés, Crime au Kitsch, d’Hervé Latapie, Prix du roman policier gay, une plongée jubilitoire au coeur du Marais gay. « J’ai voulu raconter ce que j’ai connu depuis tout le temps que je vis et travaille dans le Marais, a expliqué Hervé Lapatie. Ce prix me motive pour démarrer un deuxième tome! ».

JOURNAL INTIME GAY

Le coup de cœur du jury est venu récompenser Tombe, Victor !, premier roman d’un homme plus mature, Louis Arjaillès (éditions Edilivre). « Je l’ai publié sans éditeur, sur internet, raconte l’auteur. Malgré cela beaucoup se sont procurés le livre. C’est un journal intime d’adolescent, romancé. Beaucoup de femmes, beaucoup de gens d’un certain âge mais de jeunes aussi l’ont apprécié. Cela parle de la condition gay dans la France de province du milieu à la fin des années 60. Et paradoxalement, ca se passe plutôt bien! »

Didier Arsand

 

Très ému à l’annonce de son prix, Didier Arsand a voulu assez longuement expliqué pourquoi il avait écrit ce livre sur la mémoire des déportés homosexuels. Un roman salué par les critiques à sa sortie et publié par la prestigieuse maison Actes Sud.

« Je n’avais pas prévu d’écrire ce livre, explique Didier Arsand, j’étais en train de prépare un roman sur Rock Hudson.On a offert un DVD sur Jean le Bitoux, un militant très important des années 70, dans lequel il raconte les incidents qui ont émaillé les premières célébrations de la déportation homosexuelle. A Grenoble, on a quand même entendu des anciens déportés crier: « les pédés, au four! ». J’avais complètement refouler cette insulte. J’ai commencé dès le lendemain à faire des recherches sur ce pan d’histoire. Il n’y a pas beaucoup de témoignages d’hommes qui ont été arrêtés pour homosexualité.  J’ai commencé à écrire sur un certain Klaus à Buchenwald, mais c’était absolument impossible, une expérience extrême impartageable. et je me suis dit qu’il fallait que je fasse autre chose. J’ai voulu montrer un jeune homme qui sort du camp. Il va se donner à l’amitié, il va se donner à l’amour, il va revivre.

C’est aussi un livre d’avertissement. On retrouve des temps de peste. Quand j’ai commencé à écrire le livre, je me suis rendu compte d’une chose: j’ai des origines à la fois française et arménienne mais ce n’est ni en tant que Français ni en tant qu’Arménien que j’ai reçu des insultes et été frappé mais en tant qu’homo. C’est un livre de mise en garde parce que ce qui appartient à l’histoire peut absolument recommencer. On voit ce qui se passe aujourd’hui dans le monde: Daesch qui jette des toits les homosexuels; en Russie les jeunes homos se suicident en masse; en Afrique, la répression fait rage. Rien est acquis pour les homos, ni pour les femmes d’ailleurs. »

La sélection 2017 pour le Prix du Roman gay est ouverte.

Photos Christophe Martet

 

  • CGatta

    « Je suis en vie… » est un livre bouleversant. Ce prix est très mérité. J’ai lu également, dans un genre bien différent, « Tombe, Victor ! », roman « d’apprentissage » émouvant et sincère. Une bonne surprise.