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Clare Barlow, commissaire de l’exposition: ‘Queer British Art, c’est l’histoire d’artistes qui s’émancipent’

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La visite de l’exposition Queer British Art ne se fait pas sans une certaine appréhension. Qu’est-ce que l’art queer? N’est-ce pas réducteur de parler des artistes avec le prisme de leur sexualité ou de leur identité de genre? En quoi la sexualité et l’identité de genre des artistes nous intéresse? Et surtout y-a-t-il un art queer?

Clare Barlow, la commissaire de l’exposition, avec qui nous avons eu la chance de faire la visite des sept salles de cette exposition-événement, se garde bien des définitions hâtives et des conclusions définitives. Comme elle le dit elle-même, il s’agit d’une interprétation qui ajoute à la compréhension d’une œuvre et d’un artiste. D’autant que pour certains artistes, on sait peu de choses. «Il y a beaucoup de spéculation sur certains artistes mais nous avons parfois très peu d’informations. La vie de Simeon Solomon est assez bien documentée mais il n’en est pas de même de celle d’Evelyn Pickering De Morgan ou celle de Frederic Leighton par exemple. »

Frederic Leighton est le créateur de cette sculpture (The Sluggard) fortement teintée d’homoérotisme qui trône dans la première salle.

 

Dans la pièce suivante, Clare est particulièrement fière du portrait en pied d’Oscar Wilde, offert par l’artiste américain Robert Goodloe Harper Pennington en 1884 et exposé pour la première fois en Grande-Bretagne. «Pour moi ce tableau est celui qui représente le mieux le poète et l’auteur».

 

 

Dans cette exposition se côtoient les beaux arts et les arts plus populaires, comme le théâtre. « J’ai voulu montrer les expériences différentes des artistes. Je suis particulièrement fière d’exposer la perruque du célèbre female impersonator Jimmy Slater . » Dans les années 20 et 30, son show recevait des critiques dithyrambiques. « Sa silhouette mince et son visage parfait ontsouvent « trompé » les vieux messieurs dans le public », écrit un journal à l’époque.

 

Dans la salle suivante, nous nous étonnons de ce portrait d’un policier (ci-dessous), Harvey Daley, dans une exposition marquée aussi par la répression de l’homosexualité. Mais comme nous l’explique Clare, ce n’est pas n’importe quel policier. « Il s’agit de l’amant de l’écrivain E.M. Foster et qui écrira lui-même des choses très belles par la suite sur son expérience de policier et de gay. Rien n’est simple. Nous montrons aussi les contradictions, comment les choses sont moins simples qu’elles n’y paraissent. »

 

Une des œuvres les plus emblématiques de cette exposition est Bathing (1911) de Ducan Grant. «Bathing est une peinture incroyable, commandée pour la salle à manger de l’école Borough Polytechnic. Un critique a dit que cette peinture aurait un effet dégénéré sur les étudiants, comme si la regarder allaient les perturber. Cette peinture est intéressante parce que certains vont voir ce qu’il s’y passe, la dimension érotique et en comprendre l’intention quand d’autres vont complètement passer à côté. »

 

C’est d’ailleurs le fil rouge de cette exposition selon Clare Barlow :« Pour la plupart des oeuvres présentées, il faut regarder sous la surface des choses et alors on voit qu’il y a des tants d’histoires incroyables prêtent à être découvertes. »

 

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Une autre salle est particulièrement chère à Clare Barlow. Intitulée Vies publiques, passions privées. « Nous voulions aussi montrer des oeuvres qui bousculent les frontières entre le public et le privé. Et ce n’est jamais aussi vrai que dans cette vitrine avec les livres détournés par Orton et Halliwell. Cette anecdote mérite d’être racontée. Orton et Halliwell prenaient des livres dans les libraires, soit en les achetant mais parfois en les volant. Ils en découpaient les illustrations pour en recouvrir les murs de leur appartement. Puis, ils en modifiaient la couverture, ramenaient les livres à la libraire et attendaient pour voir les réactions des clients avec des couvertures détournées. Mais ils furent arrêtés et jetés en prison pour six mois. Orton est ensuite devenu un auteur de théâtre à succès. mais la prison a eu un effet épouvantable sur Halliwell, devenu alcoolique, jaloux et qui en viendra à tuer Orton avant de se donner la mort. »

Cette volonté des organisateurs de l’exposition d’apporter un éclairage nouveau sur l’art queer, n’est peut pas jamais mieux représentée que dans la description que fait Clare Barlow du tableau de John Minton, Horseguards in Their Dressing Rooms at Whitewall.

 

«Ce tableau de John Minton capture ce dont je parlais sur la perception du public et les interprétations. Minton avait reçu cette commande pour l’album du couronnement de la reine. L’illustration est passée comme une lettre à la poste. Et pourtant, vous savez que les cavaliers de la Garde Royale avaient la réputation de monnayer leurs faveurs sexuelles. On peut le voir avec le fait que le garde est pieds nus, ce qui donne une impression plus intime et aussi le fait que tous les objets placés sur le lit peuvent apparaitre comme des objets fétichistes. C’est un exemple très intéressant d’une image qui peut prêter à diverses interprétations. »

Dans la dernière salle, consacrée à deux monstres sacrés de l’art britannique, David Hockney et Francis Bacon, leurs œuvres magistrales côtoient… des couvertures de magazine pour hommes des années 50 et 60. « J’ai choisi de montrer ces couvertures de magazine comme Physique parce qu’elles représentent un moment charnière de la culture gay masculine. Partout dans le pays, on  pouvait aller dans n’importe quel kiosque et acheter une copie de Man’s World ou Physique ou Health and Strength. A partir d’images de lutteurs ou de culturistes, vous pouviez accéder à des images qui parlaient à vos désirs, et vous pouviez imaginer qu’il y avait peut être à l’extérieur des gens qui partageaient ces désirs là. Ce qui pouvait déjà donner une idée de votre identité. »

« Ce que j’ai souhaité montrer et qui me semble tout aussi important que la qualité des oeuvres, c’est l’histoire d’artistes qui s’émancipent, et qui s’entraident, en trouvant des moyens, quels qu’ils soient d’être eux ou elles-mêmes. Sortir, rester à l’intérieur, le faire, le ressentir, en faire étalage, toutes les représentations sont montrées ici. »

 

‘Queer British Art 1861-1967’, à la Tate Britain, jusqu’au 1er octobre 2017. Toutes les infos sur le site.