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Être chargé des questions LGBT dans l’équipe de campagne de Benoît Hamon, ça sert à quoi?

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Les questions LGBT ne sont pas au centre des discussions durant cette campagne présidentielle. Le mariage pour tous et l’adoption ont été votés sous le quinquennat de François Hollande. Hormis Marine Le Pen et François Fillon, les candidat.e.s ne souhaitent pas revenir sur la loi. Beaucoup reste à faire, notamment l’ouverture de la PMA, la question intersexe ou encore les programmes d’éducation contre les LGBTphobies.

Récemment, nous avons épluché les programmes des 11 candidat.e.s. Aujourd’hui, nous vous proposons la première des deux interviews réalisées avec les membres des équipes de campagne chargés des questions LGBT. Deux parce que parmi les cinq principaux candidat.e.s, seuls les organigrammes des équipes de Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon affichent cette question.
Premier à se prêter à cette interview, Denis Quinqueton, président de HES et chargé des questions LGBT dans l’équipe de campagne de Benoît Hamon.

Les questions LGBT sont quasi-absentes de cette campagne, comment comptes-tu les faire émerger ?

Denis Quinqueton

Cette campagne pour l’élection présidentielle a été littéralement vampirisée par les soupçons de malversations et de corruption qui pèsent sur les candidats de droite et d’extrême-droite. Ajoutons le concours de statistiques à base de sondages pour nous dire dans quel ordre on doit jouer ce qu’on nous présente comme un tiercé. Difficile, dans ces conditions, de discuter des sujets de fond. Il faudrait parler non seulement des questions LGBT, mais aussi des questions économiques, des questions de justice sociale, des questions de santé, d’éducation, de système de solidarité, de sécurité, d’Europe, des questions éthiques et bioéthiques, bref, de la situation de chacun. Et, en effet, on en parle trop peu. Le premier débat [le 20 mars]a commencé un peu à combler ce manque.

Pour notre part, nous avons travaillé avec l’équipe de Benoît Hamon sur la base du Manifest’HES discuté, écrit et amendé tout au long de 2016. Le candidat socialiste et écologiste a voulu s’engager pour l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, célibataire ou en couple, pour la “mise à jour” de notre législation sur les familles, pour la simplification du changement d’état civil pour les personnes trans, pour la lutte contre les discriminations et pour la lutte contre le VIH-sida. Pour plus de clarté, tout cela figure en toutes lettres dans son “projet pour faire battre le cœur de la France” rendu public le 16 mars dernier.

Benoît Hamon s’est peu exprimé sur ces questions, hormis une interview vidéo à Yagg en juin dernier. Est-ce pour lui une thématique importante ?

Benoît Hamon s’est exprimé à plusieurs reprises sur ces sujets, depuis. Pour lui, c’est un sujet important et simple. Il n’est pas gêné pour en parler, il était à la Marche des Fiertés en 2016 à Paris. C’est quelque chose qui me frappe d’autant plus qu’en 25 ans de militantisme, depuis que nous avons porté dans le débat public l’ancêtre du pacs, j’ai plus souvent croisé des responsables politiques gênés par l’apparence intime des sujets LGBT. Benoît Hamon a parfaitement saisi la question politique – l’émancipation de l’individu – posée par le mouvement LGBT. C’est un combat ancien pour lui ; dès 1993, au sein du Parti socialiste, il portait des textes qui proposait une forme d’union civile ouverte à tous les couples.

Bon, après je ne vais pas te raconter d’histoire, ça n’est pas non plus le leitmotiv de sa campagne. C’est que dans un pays où 12% de la population est en dessous du seuil de pauvreté, où des millions de personnes sont au chômage, où huit millions de personnes sont mal logées, et où on nous explique que la solution, ce serait le repli sur un passé idéalisé qui n’a jamais existé, comme le prône le FN, ou la dégradation de notre système de solidarité, comme le professent les candidats de la droite et du centre, il faut bien porter le débat dans le domaine économique et parler de l’avenir de l’Europe. La précédente campagne s’est sans doute, en partie, jouée sur le mariage pour tous. Celle-ci a une tonalité plus socio-économique.

 

Comment juges-tu le quinquennat qui s’achève en matière d’égalité des droits ?

Ce fut une période compliquée. Mais, depuis le début du mouvement LGBT moderne, disons dans le courant des années 70 du siècle dernier, nous n’avons jamais connu cinq années ponctuées d’autant de progrès. Pour en avoir le cœur net à HES, nous avons établi un bilan précis des évolutions de la situation des personnes LGBT en France. ILGA-Europe, elle-même, qui n’a rien d’une officine du PS et qui est la principale ONG de défense des personnes LGBT en Europe, établit chaque année un classement entre 48 pays européens. Entre 2012 et 2016, la France est passée du 23e rang au 9e et est maintenant dans le peloton de tête des pays européens. François Hollande l’a rappelé en recevant à l’Elysée – une première dans l’histoire – plus de 200 actrices et acteurs engagé.e.s dans la lutte contre les discriminations et la haine anti-LGBT. C’est si vrai que les réactionnaires sont très fâchés et que Madame Le Pen et Monsieur Fillon, entre deux convocations chez le juge d’instruction, enragent pour trouver des moyens de revenir sur ces réformes.

Mais ces réformes ont été parfois douloureuses. Même si la loi Taubira a été discutée et votée en cinq mois et demi, entre le 7 novembre 2012 et le 23 avril 2013, dans la toute 1ère année du quinquennat, le calendrier du débat parlementaire a laissé aux opposants le temps d’organiser et de médiatiser leur hystérie. Le débat a parfois été mené maladroitement aussi. Des paroles hasardeuses ont été prononcées. Récemment encore, M. Macron, ancien conseiller de l’actuel président de la République, a dénoncé “l’humiliation” que nous aurions fait subir à la France du Cardinal Barbarin et de Valeurs Actuelles. Celui-la doit vivre «dans un igloo», comme dirait Christiane Taubira, bien loin de la réalité de notre pays.

 

« Il n’est que temps de passer à la version 2.0 de la législation sur les familles »

Quelles propositions nouvelles essaies-tu de faire progresser ?

Ce n’est pas par mimétisme, mais, comme Benoît Hamon, je crois plus en l’intelligence collective qu’au génie individuel. Je n’ai pas travaillé seul. Alors je réponds “nous”… Nous avons travaillé dans trois directions: la mise à jour de la législation sur les familles, la lutte contre les discriminations et la mobilisation contre le VIH-sida et d’autres Infections sexuellement transmissibles. Il n’est que temps de passer à la version 2.0 de la législation sur les familles, la version précédente est désuète et inadaptée aux familles telles qu’elles se construisent au 21e siècle. Cette mise à jour comprend, bien sûr, l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, la création d’un statut du “beau parent”, la garantie de la transcription de l’état civil des enfants nés légalement suite à une GPA à l’étranger – Benoît Hamon est opposé à la GPA par refus de la marchandisation, mais convaincu que la transcription de l’état civil des enfants nés de GPA à l’étranger protège l’intérêt supérieur de l’enfant –, l’élargissement des possibilités de reconnaissance en parenté d’un enfant… Au delà, il faut poursuivre le dialogue avec les militant.e.s, les juristes, les sociologues, les responsables politiques, pour faire que cette mise à jour de notre droit soit porteuse de progrès social.

Nous sommes persuadés qu’en matière de lutte contre les discriminations, il ne faut pas relâcher l’effort. C’est pourquoi il est essentiel que cela reste du ressort de l’Etat, une nouveauté du quinquennat de François Hollande avec l’extension en 2016 de la mission de la DILCRAH aux sujets LGBT. Benoît Hamon a traduit ça dans son projet par la création d’une brigade anti-discriminations construite sur le modèle d’autres services spécifiques qui veillent au respect des lois. Ca n’empêche évidemment pas du tout les associations compétentes d’agir. Ça renforce même leur position. Ce travail doit aussi passer par la simplification du changement de la mention du sexe à l’état civil pour les personnes trans. Et puis la lutte contre les discriminations a aussi une dimension internationale, qu’il s’agisse de la dépénalisation universelle de l’homosexualité et de l’accueil des personnes LGBT en danger dans leur pays d’origine. Sur ce point, le «visa humanitaire» qui figure dans le projet de Benoit Hamon peut constituer un outil utile pour la protection des personnes persécutées.

Enfin, il nous semble pertinent d’intensifier encore l’engagement de la France dans la lutte contre le VIH-sida, que ce soit en faveur de la diversification des moyens de prévention, pour que l’interdiction de soins funéraires aux défunts séropositifs au VIH ou aux hépatites soit levée ou auprès du Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme. Benoît Hamon a fait sien l’objectif réaliste de l’OMS, l’agence santé de l’ONU, pour arriver à la fin de l’épidémie à l’horizon 2030.

 

Est-ce qu’il faut craindre une remise en cause des droits des personnes LGBT si la droite passe ou certains acquis ne sont pas menacés ?

Ça sera assez compliqué de revenir sur l’ouverture du mariage et de l’adoption à tous les couples ou sur les nouvelles modalités de changement de la mention du sexe à l’état civil, sauf à brutaliser notre Etat de droit. En revanche, des acquis moins solides que des lois sont menacés, comme par exemple la circulaire qui exige de transcrire l’état civil d’un enfant né suite à une GPA pratiquée en toute légalité à l’étranger, l’insertion dans les politiques de l’État de la lutte contre les discriminations et la haine anti-LGBT, ou les subventions aux associations de terrain.

Et puis il n’y a pas que les réformes, il y a l’atmosphère de la société qui pourrait devenir plus poisseuse. On imagine assez bien comment François Fillon nous fera payer ses costumes et Marine Le Pen ses assistants parlementaires fictifs : en calant leurs pas dans les pas de la Manif pour tous, arme puissante de l’hystérisation du débat public. Comme ça, on ne parlera pas de leurs turpitudes.

Enfin, le projet commun de ces deux candidats –on l’a déjà éprouvé sous Sarkozy– c’est d’opposer les gens entre eux pour les isoler. Ils diront aux LGBT que les musulmans sont des méchants, aux catholiques que les LGBT sont des dépravés, aux salariés que les pays étrangers obligent à baisser le “coût du travail”, etc. Bref, ils chercheront à isoler chacun dans une impossible compétition individuelle contre le “grand méchant monde”. Si l’issue de l’élection présidentielle est l’élection de l’un de ces deux-là, il faudra nous tenir sur nos gardes et être particulièrement créatifs autour de la notion de fraternité.

Comment vois-tu pour l’instant la campagne ?

Comme une période où je pose de nombreuses RTT pour faire campagne, ce qui me fait dire que la réduction du temps de travail est un outil de citoyenneté. Et à part ça, comme un mauvais épisode de House of Cards où l’on aurait cloné Franck et Claire Underwood en de trop nombreux exemplaires.

 

En savoir plus:

Le projet de Benoît Hamon: « Mon projet pour faire battre le cœur de la France » (pdf à télécharger)

Bilan 2012-2016 d’HES (pdf à télécharger)

  • Helene Hazera

    Ce qui est extraordinaire c’est que ce quinquénat s’achève sur des promesses non tenues par les socialistes, (pour les trans des rencontres non démocratiques entre le gouvernement et l’InterLGBT où HES -homosexualité et socialisme- a un rôle important) et que déjà les socialistes de la nouvelle promotion nous font des promesses. La loi sur les trans (le CEC soumis à la décision d’un juge ce qui est inacceptable, est ce que les pédés d’HES accepteraient de demander à un juge avant de se faire l’amour?) n’est toujours pas déposée et déjà voilà une rafale de nouvelles promesses. Comment avoir du respect pour un discours pareil?