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Syrie: le parcours de trois réfugiés gays en quête d’une nouvelle vie

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Lorsque les citoyens syriens ont exprimé leur mécontentement contre leur président Bashar al-Assad lors des manifestants du printemps arabe en 2011, il les a rapidement écrasés à l’aide de l’armée du pays. Ses actions ont déclenché une guerre civile faite d’enlèvement, de torture et de massacres de masse.

Bien que vous puissiez lire des analyses plus approfondies de la guerre civile syrienne, voici notre version rapide: d’un côté il y a Assad, l’armée syrienne, les partisans d’Assad, les combattants du Hezbollah iraniens et les militaires russes et, d’autre part, une opposition rebelle anti-Assad, une milice organisée appelée l’Armée de la Syrie libre et une branche syrienne d’al-Qaïda. Au milieu, d’innombrables citoyens syriens – jusqu’à présent, plus de 470 000 sont morts et plus de quatre millions ont fui le pays en tant que réfugiés.

L’ancien président Barack Obama a déclaré que les forces militaires américaines interviendraient si Assad utilisait des armes chimiques contre ses citoyens. Le 21 août 2013, Assad l’a fait, tuant 1 433 personnes, hommes, femmes et enfants. La France avait demandé d’intervenir. Les États-Unis ont hésité, acceptant plutôt un accord négocié par la Russie pour que Assad renonce à ses armes chimiques et se soumette à des inspections internationales. Mais quand Assad a bombardé sa population avec des armes chimiques sur ses citoyens le 4 avril 2017, le président Donald Trump a répondu en attaquant la base aérienne syrienne qui a lancé l’attaque chimique, un mouvement largement symbolique qui n’empêche pas la base aérienne de fonctionner quelques jours après. On ne sait pas si les forces américaines vont continuer d’intervenir.

Cependant, il y a un peu plus d’un mois, Trump a fermé les frontières américaines aux réfugiés syriens qui fuient la violence dans leur pays. Nous voulions donc présenter les histoires de trois réfugiés syriens homosexuels: l’homosexualité en Syrie peut vous faire conduire en prison par la loi et vous êtes menacé d’être tué par des extrémistes religieux. Vous pouvez cliquer sur leurs noms pour en savoir plus.

Samar

Parce que la Syrie est l’un des 80 pays qui criminalise l’homosexualité, Samar ferait face à une peine de trois ans de prison si jamais il sortait publiquement du placard. Il a également entendu son père et les amis de son père menacer de tuer des homosexuels. Ensuite, un jour, un des frères de Samar l’a outé à son père, alors Samar a pris ses affaires et est parti sans dire au revoir.

Il est monté sur un canot gonflable vers la Grèce puis a franchi sept frontières (vivant uniquement avec du pain, de l’eau et des dattes) jusqu’à ce que les gardes-frontières hongrois finissent par l’arrêter puis le relâcher. Ensuite, il s’est caché dans un réfrigérateur et s’est introduit clandestinement au Royaume Uni où il vit maintenant.

Il réside maintenant avec une famille d’accueil de réfugiés et étudie l’anglais avec un visa de cinq ans. Il s’est finalement rendu dans un bar gay pour la première fois et peut exprimer son homosexualité ouvertement en public et en ligne, mais ne pourra jamais rentrer chez lui. Il a à peine 21 ans.

Subhi Nahas

En 2012, les soldats syriens ont arrêté le bus de Nahas, l’ont emmené ainsi que d’autres passagers dans une maison isolée, se sont moqués de lui avec des insultes anti-LGBTQ, puis l’ont abandonné. Il a fini par fuir et a travaillé comme traducteur dans une ville turque près de la frontière syrienne, jusqu’à ce qu’un ami nouvellement recruté par Daesh ait menacé de le tuer.

Après d’innombrables entretiens avec le gouvernement américain, il a finalement reçu le feu vert pour immigrer en Amérique. En décembre 2015, il est devenu le premier civil ouvertement gay à parler devant le Conseil de sécurité de l’Onu sur les atrocités en Syrie.

Maher Daoud

Un peintre étudiant l’architecture, Maher Daoud a dû quitter sa ville natale de Lattaquié, en Syrie, à l’âge de 23 ans avant d’obtenir son diplôme. La ville était oppressante, sa police locale exerçait la censure, exigeant l’approbation de toute œuvre d’art avant toute exposition publique. « Ils essayaient de savoir si j’étais contre Bashar al-Assad », a déclaré Daoud.

La police de Lattaquié harcèle et frappe régulièrement les citoyens gays et Daoud a eu peur que les partisans de Daesh finissent par le tuer s’ils découvraient qu’il était gay. Lui et sa famille ont fui vers le Liban, puis au Soudan où il a été presque violé par trois personnes dans un autobus. Sa famille a ensuite fui en Turquie, où les racistes l’ont continuellement insulté en raison de sa nationalité syrienne.

Il a depuis commencé à se faire passer pour un citoyen espagnol nommé Pedro et est travailleur du sexe parce que les employeurs turcs ne l’engagent pas.

Traduction: Christophe Martet